Il m’est arrivé dans ma carrière de romancier, si tant est que l’on puisse employer le terme « carrière » pour mon travail d’auteur à ce jour, de déroger une fois à la règle pour écrire une biographie. Mais il s’agissait de relater la vie d’un proche voisin, de surcroît paysan de son état… En tant que romancier du terroir, je n’eus aucune difficulté pour me glisser dans la peau du personnage et rédiger ainsi deux cents pages.
Cet ouvrage ayant rencontré un certain succès, je dus par la suite « repousser » une
bonne douzaine de demandes… Des gens me proposaient des sommes assez conséquentes pour que j’écrive leur vie…
J’ai toujours refusé ! D’une part parce que je n’ai pas le talent pour, d’autre part parce qu’en tant que romancier je préfère « inventer des vérités » plutôt que de « viabiliser des mensonges ». C’est mon plaisir ; pendant que j’invente des histoires, je vis l’existence de mes personnages en plus de la mienne. J’ai beaucoup de chance.
Et puis un jour, mon cousin Hervé que je rencontre régulièrement et que j’adore, me propose de rédiger sa longue carrière parmi les sapeurs pompiers de Cassis.
- J’écris la trame et tu m’arranges tout ça, me lance-t-il.
En vérité, je ne connaissais pas grand-chose sur le sujet à cette date. Mais Hervé, en plus d’être mon cousin germain, fait pour lequel je n’ai pas eu le choix, n’est pas le premier venu pour moi. Il est aussi mon copain d’enfance, mon ami de toujours, mon frère de vie. Nous avons pas mal « galéré » ensemble durant ce dernier demi-siècle ;
nos deux existences, l’une au sud de la France, l’autre au centre, ont fréquemment eu besoin de s’appuyer l’une sur l’autre pour accomplir un parcours semé d’embûches. Ça crée des liens, en plus de ceux du sang… Hervé fait partie des gens avec lesquels j’aime bien me disputer car, comme je l’ai déjà écrit quelque part : « Un ami, c’est quelqu’un avec qui on peut s’engueuler sans se fâcher… »
Ainsi donc, nous nous sommes mis au travail chacun de notre côté, liés par une envie commune, par une affection certaine et surtout… par internet! Pour ma part, je me suis contenté « d’équilibrer » son récit en veillant à ne point enfreindre son style ni « mordre » sur sa personnalité.
Sans doute n’est-ce pas le chef d’œuvre du siècle, mais c’est notre travail et nous sommes fiers de l’avoir fait ensemble.
Patrick CHAUSSIDIERE
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